PORTRAITS ONIRIQUES, Résidence "Métamorphoses", Collectif ARTOU, 2025
Collage numérique et aquarelle & Impression sur papier
Collage numérique et aquarelle & Impression sur papier

Anastasia

Chahiba

Walid

Joviane

Julien

Elis
« J'espère que vous allez laisser les histoires, c'est à dire la vie, vous arriver, que vous allez travailler avec ces histoires issues de votre existence - la votre, pas celle de quelqu'un d’autre - les arroser de votre sang et de vos larmes et de votre rire, jusqu'à ce qu'elles fleurissent et que vous fleurissiez pleinement à votre tour. C'est là la tâche, l'unique tâche." Pinkola Estes, Femme qui courent avec les loup
Portraits réalisés lors de la semaine de résidence artistique et participative "Métamorphoses" avec le Collectif ARTOU & les habitants de Vierzon (nov. 2025). Elis Wilk remercie Anastasia, Jovianne, Julien, Chahiba et Walid pour ces moments partagés et pour leur disponibilité.
Résidence "Métamorphoses", Collectif ARTOU, 2025
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ONIRIC PORTRAITS
“I hope you will let the stories — that is, life — come to you; that you will work with the stories that arise from your own existence — yours, not someone else’s — watering them with your blood and your tears and your laughter until they bloom, and you bloom fully in turn. This is the task — the only task.”
Clarissa Pinkola Estés, Women Who Run With the Wolves
Portraits created during the “Metamorphoses” residency week with the Collectif ARTOU, in collaboration with the inhabitants of Vierzon (nov. 2025).
Elis Wilk would like to thank Anastasia, Jovianne, Julien, Chahiba and Walid for these shared moments and for their generosity and availability.
https://collectifartou.tumblr
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Anastasia
"À 20 ans, tout est un peu beau, un peu rose, et j’avais tendance à dire : moi, je ferai pas comme ci, pas comme ça.
Maintenant,
je suis beaucoup plus indulgente. On dirait que je m’en fous, mais
c’est pas ça : c’est juste que je me contente de ce que j’ai. Quand on
grandit, la vie fait qu’on rencontre des choses et on fait ce qu’on
peut.
Par exemple, le handicap de mon fils… Ce n’était pas prévu.
Au moment de sa conception, j’avais essayé de calculer pour qu’il soit
un signe astrologique précis et puis, tout s’est précipité. Mon fils est
Bélier. Au début, ça ne passait pas trop avec les Béliers, mais
maintenant je les adore.
On est content d’avoir eu notre fille.
Avec son frère, ils ont 1 an et 4 mois d’écart. Sur le coup, j’ai un peu
accusé le coup. Je commençais juste à reprendre mon souffle quand je
suis retombée enceinte.
Mais la vie a très bien fait les choses.
Notre fille, c’est un petit rayon de soleil. Notre fils aussi, mais
comme il est autiste, il est plus tourné vers l’intérieur. Il a besoin
de sa tranquillité. C’est différent.
Je ne suis plus du tout la
même personne qu’à 20 ans, aussi bien physiquement que mentalement.
C’est la métamorphose. Je me sens beaucoup plus tolérante. Je prends la
vie comme elle vient et je ne me prends pas la tête.
On ne change
pas du jour au lendemain ; ça se fait petit à petit… Tout va bien, mais
il y a quand même, au fond de moi, une petite noirceur par rapport à
cette négativité, aux difficultés que je rencontre.
Mais
maintenant que j’ai mes petits, ça me permet de me relever tout de
suite. Quand on devient maman, c’est à vie qu’on est un petit peu
angoissée pour que tout se passe bien."
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"At twenty, everything feels a bit beautiful, a bit rosy, and I tended to say: I won’t do this, I won’t do that.
Now,
I’m much more forgiving. It may look like I don’t care anymore, but
that’s not it — it’s just that I’m content with what I have. As you grow
older, life brings things your way, and you do what you can.
For
example, my son’s disability… That wasn’t planned. When he was
conceived, I had tried to calculate things so that he would be a
specific astrological sign, and then everything happened very fast. My
son is an Aries. At first, I didn’t really get along with Aries people,
but now I love them.
We’re happy we had our daughter. She and her
brother are one year and four months apart. At the time, it was a bit
of a shock. I was just starting to catch my breath when I became
pregnant again. But life handled things very well. Our daughter is a
little ray of sunshine. Our son is too, but because he is autistic, he
is more turned inward. He needs his peace and quiet. It’s different.
I
am no longer the same person I was at twenty, neither physically nor
mentally. It’s a metamorphosis. I feel much more tolerant. I take life
as it comes and I don’t overthink things. You don’t change overnight —
it happens little by little.
Everything is fine, but deep down
there is still a small darkness in me, linked to negativity and to the
difficulties I encounter. But now that I have my little ones, it helps
me get back up right away. When you become a mother, you’re a little
anxious for life, always hoping that everything will go well."
Chahiba
« C’était risqué de me lancer dans une autre grossesse. Mes
cardiologues m’ont dit que c’était compliqué. On avait vu des
spécialistes pour commencer une procédure, une FIV, quand je suis tombée
enceinte de manière naturelle. J’étais sous traitement, suivie par un
cardiologue car j’avais des problèmes de cœur.
Je voyais que mon
ventre ne grossissait pas comme une grossesse normale. Je ne pouvais
rien faire à la maison, j’étais fatiguée. Il y avait plein de
rendez-vous, plein de surveillance. C’était fatigant. (…)
À
l’époque, je faisais un suivi de fœtus avec Madame Jésus et elle m’a dit
que ça n’allait pas le faire. J’ai été hospitalisée à Tours. Ils ont
essayé de me déclencher et là, c’est l’engrenage. (…)
Ils étaient
submergés de travail. Moi, intérieurement, je sentais qu’il y avait un
danger. Je voyais que ce n’était pas normal. Les infirmières ne
voulaient rien entendre. Elles ne voulaient pas me descendre au bloc,
elles me disaient d’attendre, que ça allait s’arranger. Mais je sentais
que ça n’allait pas.
Je suis partie contre leur avis et, au bout
de cinq minutes, Adel était là, déjà prêt à sortir. J’ai perdu beaucoup
de sang… Adel est né à 1 kilo 500. Il était tout petit, il n’avait que
la peau sur les os.
C’était une épreuve pour Walid, son frère,
car il n’a pas pu le prendre dans les bras. Le gynécologue m’a avoué
plus tard que si on avait attendu cinq minutes de plus, on serait morts
tous les deux. Le personnel n’était pas content que je sois descendue
toute seule au bloc. Alors le gynécologue s’est tourné vers elles et
leur a dit : “Le temps de vous appeler, elle y serait passée.”
Ils m’ont dit que mon fils Adel pouvait rester là en couveuse et que moi je
devais rentrer à la maison, le laisser à l’hôpital et faire les trajets
tous les jours. J’ai essayé de voir le pédiatre pour pouvoir rester
avec mon fils : deux jours à essayer, puis on s’est fâchés et il a
entendu. Finalement, ils m’ont donné la chambre et je suis restée avec
mon fils, plus sereine.
Sur le coup, je ne réfléchissais pas, j’agissais. On fait ce qu’il y a à faire, et après on se pose.
Finalement, Adel, c’est un combattant. Il a pris du poids rapidement. Tout le monde était étonné. Quand je le vois en classe avec ses copains ou même à la
maison, il déborde d’énergie.
“Et toi, Adel, tu es mon soleil ou
tu es ma lune ? L’un, c’est le soleil, l’autre, c’est la lune : je suis
éclairée 24 heures sur 24 !” »
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“It was risky for me to start another pregnancy. My cardiologists
told me it would be complicated. We had seen specialists to begin a
procedure — IVF — when I became pregnant naturally. I was on medication
and monitored by a cardiologist because I had heart problems.
I could see that my belly wasn’t growing like in a normal pregnancy. I
couldn’t do anything at home, I was exhausted. There were many
appointments, constant monitoring. It was tiring. (…)
At the time, I was having foetal monitoring with Madame Jésus, and she told me
it wasn’t going to work. I was hospitalised in Tours. They tried to
induce labour, and that’s when everything spiralled. (…)
They were overwhelmed with work. Inside, I felt there was danger. I could see
it wasn’t normal. The nurses didn’t want to hear anything. They didn’t
want to take me down to the operating room, they told me to wait, that
it would sort itself out. But I knew it wouldn’t.
I went against their advice and, five minutes later, Adel was there, already ready to
be born. I lost a lot of blood… Adel was born weighing 1.5 kilos. He was
tiny, just skin and bones.
It was a trial for Walid, his brother, because he couldn’t hold him in his arms. Later, the
gynaecologist admitted that if we had waited five more minutes, we would
both have died. The staff were not happy that I had gone down to the
operating room on my own. Then the gynaecologist turned to them and
said: “By the time you called her, she would have been gone.”
They told me my son Adel could stay in the incubator and that I had to go
home, leave him at the hospital and travel back and forth every day. I
tried to see the paediatrician so I could stay with my son — two days of
trying, then we argued, and he finally listened. In the end, they gave
me a room and I stayed with my son, more at peace.
At the time, I wasn’t thinking — I was acting. You do what needs to be done, and only afterwards do you pause.
In the end, Adel is a fighter. He gained weight quickly. Everyone was
amazed. When I see him in class with his friends, or even at home, he
overflows with energy.
“And you, Adel, are you my sun or my moon? One is the sun, the other is the moon — I’m lit up 24 hours a day!””
Walid
"Quand je suis né, j’avais le pied tordu, je ne voulais pas sortir
du ventre. La place a commencé à manquer et, au final, mon pied s’est
tordu. On m’a endormi et on m’a étendu le tendon d’Achille.
La fois où je me suis ouvert le nez, j’étais en train de m’amuser dans mon
jardin avec des outils. J’ai glissé sur une sorte de pioche qui m’est
arrivée dans le nez. Mes parents sont partis chercher la housse de
secours et ils m’ont soigné. J’avais du mal à respirer pendant plusieurs
jours. J’ai appris qu’il ne fallait jamais jouer avec des outils.
Plus grand, je me vois médecin, parce que mes deux parents sont médecins, et
parce que je veux aider les gens. Mon frère Adel, lui, ne fait que des
bêtises. J’ai appris à esquiver ses attaques, qu’il faut être gentil
avec lui. Il court dans tous les sens. Moi, j’ai toujours été sage.
L’animal que j’aime, c’est le canard. J’aimerais en adopter. Il est mignon. On a
une maison avec un très grand jardin. J’aurais un énorme bassin dans
mon jardin et un canard géant. J’aurais onze canards, parce que c’est le
numéro du maillot que mon tonton m’a donné. Il fait du handball et
c’est le numéro de son équipe : le numéro 11."
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"When I was born, my foot was twisted — I didn’t want to come out of the
womb. Space started to run out and, in the end, my foot twisted. They
put me to sleep and stretched my Achilles tendon.
The time I cut my nose open, I was playing in my garden with tools. I slipped on some kind of pickaxe and it hit me in the nose. My parents went to get the
emergency kit and treated me. I had trouble breathing for several days. I
learned that you should never play with tools.
When I grow up, I see myself as a doctor, because both my parents are doctors and because I want to help people. My brother Adel is always getting into trouble.
I’ve learned to dodge his attacks and that I need to be kind to him. He
runs around all the time. I’ve always been well behaved.
The animal I like is the duck. I’d like to adopt one. It’s cute. We have a
house with a very large garden. I would have a huge pond in my garden
and a giant duck. I would have eleven ducks, because that’s the number
on the jersey my uncle gave me. He plays handball and it’s his team
number — number 11."
Jovianne
« Ça fait un an et demi que je suis en France. Depuis que je ne
suis plus avec ma famille, j’ai découvert de nouvelles choses. Je suis
devenue plus sensible. Parfois, je m’énerve plus qu’avant. J’ai souvent
envie de pleurer, de rester seule pour me sentir mieux. Je ne suis pas
encore stable. Trop de déplacements. En plus, je ne supporte pas les
déplacements. Je n’aime pas aller de maisons en maisons. Il y a des
règles, et je suis obligée de les suivre. Je n’ai plus le droit de
m’exprimer. Je fais de mon mieux pour m’adapter.
Je dois travailler pour aider les autres, mes petits, mes petites sœurs qui sont
au bled avec ma mère. Là, je suis seule. Ils sont au bled. Ma mère est
là-bas. Je suis obligée de faire semblant d’être une personne que je ne
suis pas, coincée entre la retenue et ce qu’on attend de moi. Ça
m’encourage à travailler encore plus pour me dégager de cette situation.
Au Congo, tout le monde me disait : « Tu es une fille dure, tu veux tout
gérer toute seule. » Mais depuis que je suis là, la sensibilité cachée
prend le dessus. Je pars pleurer et être seule pour me sentir mieux.
C’est comme si je ne dirigeais plus mon corps toute seule, comme si
plusieurs personnes le géraient à ma place. Avant, tu pouvais me dire
quelque chose de blessant et je partais simplement. Maintenant, je suis
sûre de fondre en larmes devant toi. Même ma mère ne me reconnaît plus.
Elle me dit : « C’est toi qui pleures, là ? » C’est vraiment un grand
changement.
J’ai toujours été avec ma famille. Quand je suis partie, j’étais excitée de découvrir un monde nouveau. Je ne pensais pas à ce que j’allais perdre, mais plutôt à ce que j’allais découvrir sur place. Je sais que ça va se stabiliser — pas du jour au lendemain — mais un jour je serai chez moi avec mes petits, et je pourrai leur payer des choses.
Je n’aime pas l’imprévu : « Lève-toi, on y va. » Je n’aime pas ça. C’est ce qui se passe ici. On ne me dit rien : « Prépare tes affaires, tu vas partir. » Chez mon oncle, où je vis actuellement, quand je m’y suis installée, on m’a dit : « Arrange tes affaires, demain tu viens. » Ces imprévus arrivent dans ma vie. Ça me fait me dire que
ce que je pense, de la situation, ils s’en foutent.
Quand j’étais petite, je faisais tout avec maman. Puis, à sept ans, elle est partie
et je suis restée chez ma tante. C’est comme si on m’avait arraché quelque chose. Elle est partie pendant deux ans. Depuis, j’ai mis une carapace, comme une rebelle, alors qu’à la base je suis quelqu’un de très sensible. J’ai commencé à cacher cette sensibilité, à avoir de la colère et de la méfiance en moi.
Quand on s’est retrouvées avec ma mère, mes petites sœurs et mes petits, on était très proches. On est rentrées au Congo et on a passé de longues années ensemble. Et là, je revis ce que j’ai vécu dans mon enfance, cette méfiance qui me fait
m’éloigner des gens. »
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« I’ve been in France for a year and a half now. Since I’m no longer with
my family, I’ve discovered new things. I’ve become more sensitive.
Sometimes I get angry more easily than before. I often feel like crying,
like being alone to feel better. I’m not stable yet. Too many moves.
And on top of that, I can’t stand moving around. I don’t like going from
one house to another. There are rules, and I’m forced to follow them. I
no longer have the right to express myself. I do my best to adapt.
I have to work to help others — my little ones, my little sisters who are
back home with my mother. Here, I’m alone. They’re back home. My mother
is there. I’m forced to pretend to be someone I’m not, caught between
restraint and what’s expected of me. That pushes me to work even harder
to get out of this situation.
Back in Congo, everyone used to tell me: “You’re a tough girl, you want to handle everything on your own.” But since I’ve been here, the hidden sensitivity has taken over. I go off to cry and be alone to feel better. It’s as if I’m no longer in control of my own body, as if several people were managing it for me. Before, you could say something hurtful to me and I would just walk away. Now, I’m sure I’d burst into tears in front of you. Even my mother doesn’t recognize me anymore. She says: “Is that you crying?” It’s really a huge change.
I’ve always been with my family. When I left, I was excited to discover a new world. I didn’t think about what I was going to lose, but rather about what I would discover once I got there. I know things will settle — not overnight — but one day I’ll be
at home with my little ones, and I’ll be able to provide for them.
I don’t like the unexpected: “Get up, we’re leaving.” I don’t like that.
That’s what’s happening here. No one tells me anything: “Pack your
things, you’re leaving.” At my uncle’s place, where I live now, when I
moved in, they told me: “Arrange your things, you’re coming tomorrow.”
These unexpected events keep entering my life. It makes me feel like
what I think about the situation doesn’t matter to them at all.
When I was little, I did everything with my mother. Then, at seven years
old, she left and I stayed with my aunt. It’s as if something was torn
away from me. She was gone for two years. Since then, I’ve built a shell
around myself, like a rebel, even though at heart I’m a very sensitive
person. I started hiding that sensitivity, carrying anger and mistrust
inside me.
When my mother, my little sisters and I were reunited,
we were very close. We went back to Congo and spent many long years
together. And now, I’m reliving what I experienced in my childhood —
that mistrust that makes me distance myself from people. »
Julien
"Tout ce qui est vécu fait changer le regard qu’on porte sur les choses.
Par exemple, les problèmes financiers de mes parents, qui ont dû beaucoup
déménager… Nous étions quatre enfants. Ma mère était au foyer. Moi, je
suis l’aîné, le plus grand. J’ai beaucoup épaulé ma mère. Ça a construit
mon profil.
J’étais étudiant, je bossais pour aider mes parents.
On relativise les choses après. On a l’habitude de travailler. Et comme
je suis du signe du Lion, j’avance…
À présent, ma femme et moi,
on a un métier et on fait les choses dont je rêvais plus petit. On
voyage tout le temps. Je prévois déjà 2026 : Lanzarote en février et
Venise en avril.
J’avais un rêve, celui d’avoir un appartement
dans le Sud. On l’a réalisé. Le but, c’est de voyager pour mes enfants.
Les premières fois où j’ai pris l’avion, c’était exceptionnel.
Du jour au lendemain, ça peut s’arrêter. Pendant l’enfance, le fait
d’avoir vu mes parents galérer, ça m’a permis d’avancer, même s’il reste
toujours une peur de galérer moi-même. Je protège mes enfants.
À chaque fois qu’on va quelque part, je leur dis :
“Vous vous rendez compte ? On est à Berlin.”
Pendant le voyage, on découvre, on s’enrichit. Je me dis : “J’y suis.”
Et pour mes enfants, j’ai pu leur faire découvrir autre chose.
Étudiant, avec ma femme, on ne partait pas en vacances. On travaillait tout
l’été, et petit à petit, on a pu partir une semaine. C’est paradoxal :
le fait d’avoir beaucoup travaillé, ça a fait qui je suis. Il y a une
période de ma vie où j’avais quatre boulots, des boulots différents. Ça
permet de relativiser par rapport à ce que j’entends, aux plaintes par
rapport au travail. Moi, au final, je ne vois pas les difficultés que
certains rencontrent au travail.
Par exemple, dans mon poste de direction, ma timidité initiale s’est transformée. Je le fais. Être face aux parents, par exemple. Moi, je vais toujours de l’avant sans trop
réfléchir.
En fait, je suis un stressé, un timide, mais j’essaie de ne pas le faire remarquer.
C’est les ongles qui prennent..."
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"Everything we live through changes the way we look at things.
For example, my parents’ financial difficulties, which forced them to move
many times… There were four of us children. My mother stayed at home.
I’m the eldest, the oldest. I supported my mother a lot. It shaped who I
am.
I was a student, and I worked to help my parents. Later on,
you learn to put things into perspective. You get used to working. And
since I’m a Leo, I keep moving forward…
Today, my wife and I both have jobs, and we’re doing things I used to dream of when I was
younger. We travel all the time. I’m already planning 2026: Lanzarote in
February, Venice in April.
I had a dream — owning an apartment
in the South. We made it happen. The goal now is to travel for my
children. The first times I took a plane, it felt extraordinary.
From one day to the next, everything can stop. Growing up, seeing my parents
struggle helped me move forward, even though there’s always a lingering
fear of struggling myself. I protect my children.
Every time we go somewhere, I tell them: “Do you realize? We’re in Berlin.”
While travelling, we discover things, we grow richer. I tell myself: “I’m here.”
And for my children, I’ve been able to open other horizons.
When we were students, my wife and I didn’t go on holiday. We worked all
summer, and little by little, we managed to take a week away. It’s
paradoxical: working so much made me who I am. There was a period in my
life when I had four different jobs. It helps put things into
perspective when I hear complaints about work. In the end, I don’t
really see the difficulties some people experience at work.
For instance, in my management position, my initial shyness has transformed.
I do it. Standing in front of parents, for example. I always move
forward without overthinking too much.
In truth, I’m a stressed, shy person, but I try not to show it.
It’s my nails that pay the price..."
Elis
« J’ai connu des périodes de changements dans ma vie. Recommencer à zéro, ne plus avoir personne autour, ni ma famille ni mes ami·es. Ça n’a pas toujours été simple, mais j’avais toujours envie de découvrir de nouvelles choses. Je ne me posais pas la question. J’ai habité dans différents pays aussi, mais je ne me sentais
pas chez moi.
Et puis, quand j’ai eu mon fils, j’ai eu envie d’habiter à la campagne. Ça a changé ma perception des choses. De nouveau être entourée par la nature, l’espace, la tranquillité. C’était tellement agréable de pouvoir marcher dans les chemins, sans personne autour.
Ça m’a transformée car, après avoir vécu en ville de nombreuses années, j’ai retrouvé le mode de vie de mon enfance. J’ai pu enfin me poser et me sentir chez moi. Le fait d’être avec mon fils m’a aidée à me poser, à vivre plus à la maison, à regarder davantage à l’intérieur de moi-même, sans chercher à toujours sortir ou voir des gens.